3 December 2019

Les dessous des tentatives de records de Renault Sport, avec Thierry Landreau

En termes de performances record, les prouesses de Renault Sport, notamment au Nürburgring se démarquent par leur nombre impressionnant, et ce, parmi tous véhicules de série confondus. Depuis le premier record de 8:19:9 établi par la Mégane R26.R en 2008, le temps de tour sur le célèbre circuit allemand (l’un des plus pittoresques au monde, grâce à son cadre champêtre), n’a eu de cesse de chuter.

En effet, au cours des années suivantes, Renault Sport remporte le record en traction à trois autres reprises : en 2011, la Mégane R.S. 265 Trophy enregistre un chrono de 8:07:97 ; en 2014, la R.S. 275 Trophy-R passe sous la barre des huit minutes à 7:54:4 ; puis en mai 2019, la nouvelle Mégane R.S. Trophy-R arrache près de quatre secondes au chrono précédent, en bouclant le tour en 7:40:10 (7:45:389 sur le circuit officiel de 20.832 km). Depuis, Laurent Hurgon et la R.S. Trophy-R ont réitéré l’exploit à Spa-Francorchamps, en Belgique, et à Suzuka, au Japon.

 

Battre des records, c’est une question de persévérance. Découvrez l’histoire des records et pourquoi cela a tant d’importance dans le monde de l’automobile selon Thierry Landreau, Directeur de l’ingénierie R.S..

« Trois choses nous font aller de l’avant, dit-il. La première est notre image de marque. Le record de tour du Nürburgring permet de démontrer objectivement les performances d’un véhicule. Tout le monde peut avoir son avis à propos d’une voiture, mais au bout du compte, le record de tour est un instrument de mesure objectif et indiscutable de la performance. Le Nürburgring est un circuit de 20 km, avec une multitude de lignes droites et 73 virages. C’est donc un exercice très pertinent pour démontrer les performances de la voiture de manière impartiale.

 

« Le deuxième point est l’amélioration des technologies et du savoir-faire : battre un record est un bon moyen de développer de nouvelles technologies et de nouvelles compétences. Pour la R.S. Trophy-R, cela se traduit par une meilleure aérodynamique, un échappement en titane et des éléments en fibre de carbone. Le troisième point est le développement d’un esprit d’équipe. Notre marque compte de nombreux ingénieurs passionnés, et battre un record nous met tous au défi, tout en créant d’étroites collaborations entre les départements. »

L’équipe Renault Sport est si proche que les tentatives de records sont maintenant diffusées au QG de Renault Sport en direct afin que l’équipe entière, et non seulement ceux présents au circuit le Jour J, puisse vivre l’instant. Évidemment, même si des centaines de personnes sont impliquées, il y a un nom dont tout le monde se souvient : le seul et unique Laurent Hurgon, qui était déjà au volant lors des records au Nürburgring de 2011 et 2014.

 

« Laurent et le circuit du Nürburgring, c’est une histoire de longue date, mais cela ne veut pas dire que la boucle nord est sa seule spécialité, dit Thierry Landreau. Laurent s’investit entièrement dans le développement de nos voitures, travaillant au quotidien avec le reste de l’équipe afin d’obtenir les meilleurs réglages possible. Il ne se comporte certainement pas en ‘star’ – c’est un type normal, qui travaille au jour le jour avec les ingénieurs dans l’atelier et se trouve au centre de notre développement. »

Il y a 11 ans maintenant que la Mégane R.S. R26.R rencontre la gloire au Nürburgring. Vu la vitesse à laquelle évolue la technologie, on peut se demander quels changements ont été mis en place au sein de l’équipe R.S. pour tenter d’être les meilleurs. « C’est un processus assez constant pour être honnête, révèle Thierry Landreau. L’idée est toujours de développer une version R de nos voitures, à la recherche de légèreté, d’aptitude dans les virages et d’un châssis réglé à la perfection, pour contribuer à la meilleure version possible. Nous ne nous reposons pas uniquement sur un moteur puissant. Comme vous pouvez l’imaginer, ce serait plus facile de changer simplement de moteur pour gagner quelques secondes, mais nous préférons prendre en compte et améliorer tout l’ensemble des éléments. »

 

De nombreux facteurs contribuent à battre un record : le moteur, le poids, les réglages du châssis, le pilote… Mais pour Thierry Landreau, ce sont les conditions météorologiques le jour-même qui jouent un rôle vital, ce que le public ignore souvent. « Le jour du record, la température et les bonnes conditions sur la route sont primordiales, révèle-t-il. La température doit être comprise entre 5 et 20˚C pour la bonne performance du moteur, et la route doit être aussi sèche que possible – sans adhérence, c’est impossible de battre un tel record. C’est la raison pour laquelle les tentatives ont lieu autour des mois d’avril et juin. C’est la période idéale. »

Pour améliorer la nouvelle Mégane R.S. Trophy-R, Renault a fait appel à des partenaires spécialisés : Brembo pour les freins, Akrapovič pour l’échappement, Öhlins pour la suspension, Sabelt pour les sièges baquets et Bridgestone pour les pneus semi-lisses S007.

 

« L’adhérence des pneus, ainsi que le réglage du châssis sont prépondérants, confie Thierry Landreau. Nous utilisons des pneus normaux, disponibles dans le commerce. Ce ne sont pas des prototypes, ni des pneus développés spécifiquement pour le record. La voiture est développée en collaboration avec le fabricant de pneus pour s’assurer que le châssis et les pneus sont compatibles, et qu’ils donneront le meilleur d’eux-mêmes. Ce qui est incroyable, du coup, c’est que la performance de la voiture est au-dessus de celle de beaucoup de nos concurrents, qui ont des moteurs beaucoup plus puissants. Cela montre bien qu’avec une puissance raisonnable, on peut vraiment se pencher sur la performance du châssis et de l’aptitude dans les virages pour augmenter la vitesse globale. »

Avec autant de facteurs en jeu, les tentatives de record sont une affaire risquée, et Thierry Landreau dit que l’équipe oscille toujours entre confiance et espoir le jour-même.

Nous avons tendance à être confiants, parce que nous savons que les performances sont là, mais en même temps, nous avons la glorieuse incertitude de la course. On est évidemment inquiets de ce qui peut se produire d’inattendu. Les marges sont faibles, très faibles.

Thierry Landreau Directeur de l’ingénierie R.S..

Avec un quatrième record de tour assuré par la R.S. Trophy-R, Renault Sport pourrait se reposer confortablement sur ses lauriers. Mais il ne faut pas trop y compter. « Franchement, nous n’avons pas encore décidé de la suite, reconnaît Thierry Landreau. Mais ce qui est certain, c’est que nous nous fixerons de nouveaux défis basés sur les trois facteurs que nous avons déjà évoqués : l’image de la marque, les nouvelles technologies, et le développement de l’esprit d’équipe. La riposte de nos concurrents ne se fera pas attendre. Voyons ce qu’ils vont trouver. Nous acceptons tous les défis, parce qu’ils contribuent à améliorer toujours plus nos performances. »

 

Une succession de records battus

2008 - Vincent Bayle emmène la Mégane II R.S. R26.R vers un record de tour à 8:16:9 sur ‘L’Enfer Vert’ de la boucle nord du Nürburgring, le Nordschleife, gagnant environ neuf secondes sur le record précédent.

2011 - Laurent Hurgon remporte son premier record au Nürburgring, à bord de la R.S. 265 Trophy, parcourant les 20.600 km en 8:07:97.

2014 - Laurent Hurgon bat son propre record au Nürburgring avec un chrono sous la mythique barre des huit minutes et un temps officiel de 7:54:36 à bord de la Mégane III 275 R.S.

Mai 2019 - Laurent Hurgon empoche le record une troisième fois au Nürburgring, avec un temps de 7:40:10 (et 7:45:389 sur les 20.832 km du tour complet officiel), explosant ainsi son propre chrono ainsi que celui de ses adversaires.

Juillet 2019 - Les records du Nürburgring en poche, Laurent Hurgon et la Trophy-R se rendent en Belgique et parcourent le tour du légendaire circuit de Spa-Francorchamps en 2:48:338 en catégorie traction avant, cette fois, devant le public des R.S. Days.

Novembre 2019 - Autre continent, autre record. Cette fois, c’est le pilote James Moffat, soutenu par l’alliance Renault Australia et Garry Rogers Motorsport TCR Australia, qui prend le volant de la Trophy-R et bat le record dans la catégorie des voitures de série à traction avant avec un temps de 2’14”316 sur le circuit australien de 7.7 km du Bend Motorsport Park.

Novembre 2019 - Comme si les records en Europe et en Australie ne suffisaient pas, Laurent Hurgon et la nouvelle Mégane R.S. Trophy-R s’envolent vers le circuit historique japonais de Suzuka, où ils remportent le tour en traction avant en 2’25”454, soit trois secondes de moins que le record précédent.

 

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